L’AUTRE MEURTRE

 RÉFLEXIONS PSYCHANALYTIQUES SUR LA LITTÉRATURE CONCENTRATIONNAIRE

 S’il semble tout à fait évident d’associer terreur et univers concentrationnaire, il serait toutefois prudent de cerner la notion de terreur dans son ambiguïté. Sans m’engager dans une  analyse de la notion, je voudrais souligner qu’elle désigne à la fois un affect et un phénomène politique. En tant qu’affect, elle n’a pas, à ma connaissance, été  étudiée. Bion parle d’une terreur sans nom  pour désigner l’éprouvé du nourrisson lorsque la mère, parce qu’elle n’a pas ce qu’il appelle la capacité de contenance et de rêverie, est incapable de métaboliser les contenus qu’il projette en elle  et qu’il s’identifie alors à un objet incapable de comprendre. Myriam Revault d’Allonnes est un des rares auteurs qui, dans son analyse des phénomènes politique et concentrationnaire, est attentive à la dimension de l’affect, réélaborant l’analyse d’Aristote dans La Poétique. En effet, pour ce dernier, la terreur est avec la pitié un des ressorts émotionnels spécifiques de la tragédie. Elle souligne  que la terreur consiste à trembler pour soi dans la mesure où l’on reconnaît l’autre souffrant. D’autre part, comme phénomène politique, l’historien Patrice Gueniffey la définit comme l’emploi de la contrainte et de la violence à des fins politiques et dans le silence des lois. Hannah Arendt, de son côté,  en fait le principe du régime totalitaire en en soulignant son omniprésence.

… aucune forme de terreur, écrit-elle, ne peut être efficace sans camps de concentration.1 L’objectif du totalitarisme, affirme-t-elle par ailleurs, est  la domination totale de l’homme […] cet objectif ne peut être atteint que dans les conditions de vie qui sont celles des camps et grâce à la terreur que celles-ci font naître 2.

La littérature concentrationnaire vient tristement illustrer la pertinence de  ces analyses. Mais quel peut être l’apport de la psychanalyse à la compréhension de cette littérature ? S’il est vrai que Freud est l’inventeur d’une nouvelle anthropologie, peut-elle nous aider à comprendre quelque chose aux récits de Primo Levi, de Jean Améry ou d’Imre Kertèsz ?

 

Je ne crois pas, écrit Primo Lévi dans son dernier livre3, que les psychanalystes (qui se sont jetés sur nos problèmes embrouillés avec une avidité professionnelle) soient compétents pour expliquer cette impulsion [il fait allusion à l’écriture témoignage que constitue la littérature concentrationnaire]. Leur savoir a été construit et mis à l’épreuve «au-dehors», dans le monde que, pour simplifier, nous appelions «civilisé» : il en décalque la phénoménologie et tente de l’expliquer ; il en étudie les déviations et s’efforce de les guérir. Leurs interprétations, même celles de ceux qui, tel Bruno Bettelheim, ont traversé l’épreuve du Lager, me paraissent approximatives et simplifiées, un peu comme si quelqu’un voulait appliquer les théories de la géométrie plane à la résolution des triangles sphériques. Les mécanismes mentaux des Häftlinge étaient différents des nôtres.

Un peu plus loin, il ajoute :

Les ulcères gastriques et les maladies mentales guérissaient (ou devenaient asymptomatiques), mais tous souffraient d’un trouble continuel qui empoisonnait le sommeil et qui ne porte pas de nom [On peut penser ici à la terreur sans nom de Bion]. Le définir «névrose» serait réducteur et ridicule. Il serait plus juste, peut-être, d’y reconnaître une angoisse atavique, celle dont on entend l’écho au deuxième verset de la genèse : l’angoisse inscrite en chacun de nous du «tohu-bohu», de l’univers désert et vide, écrasé sous l’esprit de Dieu, mais dont l’esprit de l’homme est absent : ou pas encore né ou déjà éteint.

Mise en garde redoutable pour l’analyste qui ose s’aventurer dans l’étude de cette littérature !  Est-ce la raison pour laquelle peu d’analystes s’y sont penchés ? La littérature concentrationnaire est à la fois le témoignage de ce travail de déliaison qui se manifeste par une déshumanisation extrême de l’homme, mais aussi un cas exemplaire de Kulturarbeit, transformant, selon les termes de N. Zaltzman, une expérience traumatique, brute, individuelle et collective, en œuvre interprétative commune.  Elle constitue un exemple remarquable de la façon dont la Kulturarbeit opère dans la cure : le conflictuel le plus singulier, mais en même temps le plus commun à tous, se transforme en voie interprétative pour l’ensemble.

Que faire alors ? Renoncer à l’étudier ou confronter l’œuvre freudienne aux critères de Primo Levi ?

 

Le meurtre

En mars-avril 1915, alors que la Première Guerre mondiale bat son plein, Freud écrit Considérations actuelles sur la guerre et la mort. En 1932, a lieu un échange épistolaire entre Einstein et Freud autour du thème de la guerre, sous l’égide de l’Institut International de Coopération Intellectuelle rattaché à la Société des Nations. Il sera publié sous le titre Pourquoi la guerre ? Si nous appliquons les critères de Primo Levi à ces textes, nous dirons, d’une part, qu’ils ont bien été conçus ‘‘au-dehors’’,  néanmoins, déjà, écrit Marie Moscovici,  on y voit le fondateur de la psychanalyse déconcerté puis totalement déplacé quant à sa conception de ‘‘ l’état civilisé’’. Déstabilisé aussi, et tout le développement de sa pensée en témoignera, par rapport à l’espoir qu’il avait pu entretenir concernant le pouvoir de la connaissance et des savoirs sur la part autodestructrice dans l’évolution de l’individu et de l’espèce humaine4.  De L’Au-delà du principe de plaisir à L’Homme Moïse et la religion monothéiste cette déstabilisation se matérialisera avec la découverte de la pulsion de mort, de la compulsion de répétition et de la question du meurtre reprise dans son dernier livre. D’autre part, souligne encore Marie Moscovici, Freud  n’attribue la guerre ni à une maladie de l’esprit ni à une pathologie de la civilisation ; ces textes rattachent la propension à la guerre au fonctionnement même du psychisme et des sociétés humaines, au développement même des civilisations5.

De son côté Laurence Kahn écrit :

Freud a vécu dans son temps, tout à la fois celui de l’espérance éclairée et celui de la désillusion infligée par la guerre et l’impuissance de la culture à empêcher la dislocation. Né au milieu d’un siècle qui s’était inauguré sous le signe conjoint de la « révolution copernicienne » de Kant et de la conception hégélienne de l’histoire, il meurt, en exil, au milieu du siècle suivant, siècle des désastres. Et durant cette ère, Freud n’est pas seulement l’inventeur d’une nouvelle méthode de traitement, la psychanalyse. Il fonde ce qu’il est permis, après Thomas Mann, de nommer une nouvelle anthropologie. Au tournant de ces deux siècles, c’est une vue radicalement nouvelle sur l’homme et le devenir de l’humanité qu’il élabore. Une vue dont le premier horizon est celui des Lumières et le second le pressentiment de la catastrophe. Entre les deux, la position freudienne, se tenant constamment sur la crête d’une rationalité qui s’est donné pour tâche d’élucider l’irrationnel, ne fait qu’un avec le bouleversement du temps. Non seulement parce que la découverte de l’inconscient fait, une ultime fois, voler en éclat tout espoir d’unification du sujet, mais, chose plus grave, parce que cette scission engendre une théorie de la culture où le devenir des idéaux ne peut plus être questionné du point de vue de leur valeur civilisatrice, mais du seul point de vue de l’économie psychique6.

Considérations actuelles et Pourquoi la guerre? interrogent ces idéaux du point de vue de la guerre. Dans le premier de ces textes Freud reprend l’idée de meurtre, une idée fondatrice de la pensée analytique. En effet, elle apparaît très tôt dans l’œuvre freudienne : les lettres à Fliess en font déjà mention7. Certaines lignées de psychanalystes contemporains l’ont négligée, voire laissé choir tout comme la notion de Kultur et celle de pulsion de mort auxquelles elle est intimement liée et qui constituent l’un des apports les plus originaux  de la pensée freudienne. L’évacuer ainsi est un symptôme du malaise que représente aujourd’hui  le fait d’avoir à penser tout ce qui touche à la haine et au désir meurtrier qui est au cœur de l’homme. Freud élabore l’idée de meurtre dans sa double dimension de désir de mort et de meurtre accompli. Les jalons essentiels d’une telle élaboration vont de L’interprétation du rêve à L’Homme Moïse et la religion monothéiste, en passant par tTotem et tabou, Considérations actuelles sur la guerre et sur la mort, Psychologie des foules et analyse du moi. Dans le chapitre sur les rêves typiques, rêves  que presque tout un chacun a rêvé de la même façon et dont nous admettons habituellement qu’ils ont aussi chez chacun la même signification8, Freud évoque déjà ce meurtre sous la rubrique le rêve de la mort des personnes chères. Il consacre un long développement au rêve représentant la mort d’un parent aimé et accompagné d’un affect douloureux. Que signifie-t-il ? Ce que dit son contenu : le souhait que meure ce parent9. A la fin du chapitre sept, il reviendra sur ces désirs de mort en insistant particulièrement sur la nécessité de maintenir séparés les deux registres de la réalité psychique et de la réalité matérielle

À la veille de la deuxième guerre mondiale, il écrira dans L’Homme Moïse et la religion monothéiste :

Nous vivons en un temps particulièrement curieux. Nous découvrons avec surprise que le progrès a conclu  un pacte avec la barbarie10.

Une lecture après-coup des Considérations actuelles sur la guerre et sur la mort fait apparaître les analyses freudiennes sur la guerre comme une illustration et un développement de cette affirmation. Douloureux et acerbe par endroits – sa première partie a pour titre La  désillusion causée par la guerreConsidérations actuelles sur la guerre et la mort, écrit Marie Moscovici, a entièrement trait à une telle alliance. Plus encore, il lui arrive, me semble-t-il, d’inscrire la barbarie à l’intérieur même de ce qui a nom progrès11.

Dans ces Considérations, Freud affirme que nous descendons d’une lignée infiniment longue de meurtriers qui avaient dans le sang le plaisir au meurtre, comme peut-être nous-mêmes encore12. L’homme originaire survit en nous, dans notre inconscient, inchangé. Ainsi comparant l’homme des origines aux autres animaux, il écrit :

« […] plus cruel et plus mauvais que d’autres animaux. Il pratiquait le meurtre volontiers et comme allant de soi. L’instinct qui retient d’autres bêtes de tuer et de dévorer des êtres de la même espèce, rien ne nous permet de le lui attribuer13. »

Cependant ce texte représente un renversement dans la façon de considérer le meurtre. Si jusque-là Freud distinguait nettement la réalité matérielle de la réalité psychique, si le meurtre se déroulait sur une scène intérieure, la scène psychique – scène du rêve ou du fantasme -, sa réflexion sur la guerre va complètement bouleverser cette manière de voir. La guerre efface cet écart, réalité psychique et réalité matérielle viennent à se confondre, le meurtre se joue alors sur la scène extérieure.  La guerre, en nous dépouillant des acquisitions de la civilisation, fruit du long processus d’hominisation, met à nu cet homme originaire qui est en nous.

Entre L’interprétation du rêve et les Considérations actuelles, Totem et tabou, texte paradigmatique sur le meurtre, élaborera l’idée d’un meurtre à l’origine de l’humanité, un crime commis en commun.

 

Le meurtre psychique.

 Tout commence comme un conte de fées ou comme le récit d’un mythe originaire14: un jour, les frères qui avaient été chassés se coalisèrent, tuèrent et mangèrent le père, mettant ainsi fin à la horde paternelle15. Comme Freud le dira lui-même, citant le Faust de Goethe, Au commencement était l’acte. Ce meurtre est un acte fondateur qui déclenche un mouvement irréversible à partir duquel va s’opérer le passage de la nature à la culture, avènement de la civilisation. La coalition des frères, ces exclus de la parole et de la sexualité, commettra ce meurtre. Mais ce qui leur permet de se reconnaître comme frères,  c’est leur rassemblement en vue d’ourdir le complot qui les conduira à tuer le père. Ce faisant, ils inventent le premier rapport de solidarité, en reconnaissant l’autre en tant qu’autre et en tant que semblable16. D’une part, ils sont impuissants, d’autre part, ils envient et redoutent ce père originaire tyrannique ; ils sont en proie, dit Freud, à l’égard du père, aux mêmes sentiments contradictoires que ceux dont nous pouvons prouver l’existence, en tant que contenu de l’ambivalence du complexe paternel, chez chacun de nos enfants et de nos névrosés17. Cet archipère exerce sur eux une fascination mortifère. Une haine commune à son égard cimente leur union. Ils s’identifient ainsi les uns aux autres. Le meurtre qu’ils commettront va le transformer en père, s’il est vrai que le père n’existe qu’en tant qu’il est réellement ou symboliquement tué. Nous connaissons la suite : ils mangeront son cadavre, parvenant ainsi à réaliser l’identification avec lui. La tendresse qu’ils ressentaient à son égard et qu’ils avaient réprimée reviendra sous forme de sentiment de culpabilité. Ainsi le père deviendra plus fort mort qu’il ne l’avait été de son vivant. Sous l’effet de l’obéissance après coup, les fils s’interdiront ce que lui-même leur avait interdit. Ce sentiment de culpabilité sera à la source des deux tabous fondateurs de la civilisation : l’interdit de l’inceste et celui du meurtre. Ce meurtre du père originaire peut-il nous aider à penser l’autre meurtre ? Je voudrais préciser que, parlant de meurtre, je n’envisage pas seulement l’élimination physique des déportés mais surtout, et peut-être davantage encore parce que plus subtil, plus systématique et disons-le pervers, le mécanisme  des étapes qui ont préparé et précédé cette élimination et que j’appellerai le meurtre psychique. Je serais tenté de dire que ce qui s’est passé dans les camps a été une façon de défaire ce dont Freud nous fait ici le récit. Ce qui avait été construit et assemblé a été délié. La littérature concentrationnaire montre l’écroulement de l’interdit du meurtre et ses conséquences.

Cet interdit, écrit Nathalie Zaltzman, est la condition de la vie des hommes entre eux. En tant que psychanalystes nous tenons cet interdit, cette loi, pour une structure psychique de base. Mais alors, quelle représentation, quel contenu, quel statut occupe ou acquiert un homme pour un autre homme lorsqu’il est mis au ban, situé comme exclu de cet interdit général, désigné comme tuable, sans que ce soit un meurtre, tuable hors transgression, hors sanction, impunément tuable18?   

En écho à cette interrogation, Janine Altounian, dans La survivance, ouvrage consacré au génocide arménien, écrit :

(…) les massacres contemporains par leurs semblables (aux antipodes des frères coalisés) de pères et de mères par millions ne peuvent qu’endommager irrémédiablement l’identité sexuelle et culturelle de leurs enfants : à côté de la dignité des pères mis à mort se transmet aussi, à leurs fils et filles, la honte de leur destitution impunément effectuée, l’empreinte de leurs corps publiquement violés, car, avant le meurtre, le corps est toujours violenté. C’est justement en tant que différents qu’ils furent exterminés et la seule différence qui, pour eux, demeura signifiante ne fut pas celle d’être resté homme ou femme, mais celle d’en revenir mort ou vivant19.

Dans la réalité des camps, les déportés soumis à un implacable processus de déshumanisation, ont perdu progressivement leur qualité d’hommes et leur appartenance à l’espèce humaine: les personnages de ce récit ne sont pas des hommes20, écrira Primo Levi.

On aboutit sous la plume de Richard Robert dans son analyse de Si c’est un homme de Primo Levi, à cette proposition paradoxale qui peut paraître choquante :

l’horreur des camps de concentration ne réside pas dans l’inhumanité des SS, mais dans celle des déportés21.  

Myriam Revault d’Allonnes, quant à elle, dans Fragile humanité22, compare le doute cartésien à celui qu’exprime le titre du livre de Primo Lévi : Si c’est un homme. Ils sont tous deux hyperboliques. Suscité par la révolution copernicienne qui a changé la vision que l’homme avait du monde, le doute cartésien inaugure les Temps Modernes : l’homme se retrouve, sans repères, perdu dans un univers sans limites où Dieu ne semble plus veiller sur lui. A ce doute, elle oppose le doute suscité à notre époque par la terreur d’hommes qui ont perdu toute humanité et auxquels nous ne pouvons plus nous identifier. La possibilité même de l’identification est détruite. Primo Lévi affirme lui-même :

leur humanité est morte, ou eux-mêmes l’ont ensevelie, sous l’offense subie ou infligée à autrui23

Effectivement, nous sommes là devant des événements qui dépassent notre capacité de comprendre dans la mesure où nous ne reconnaissons plus à la source de ces agissements des causes ou des motifs qui nous sont familiers et que la reconnaissance du semblable nous permet de comprendre. Cette déshumanisation, partout présente dans Si c’est un homme, Primo Levi en esquissera de multiples tableaux pour tenter d’en rendre compte.

Dans le chapitre quatre, par exemple, il cerne avec lucidité le problème du meurtre psychique lorsqu’il souligne à propos du Lager la détermination avec laquelle les hommes entreprirent d’ (…) anéantir [les détenus], de [les] détruire en tant qu’hommes avant de [les] faire mourir lentement24. … morts à nous-mêmes avant de mourir à la vie, anonymement25. Dès avant la déportation, le processus de déshumanisation a été mis en place: la fabrication massive et démentielle de cadavres est précédée par la préparation historiquement et politiquement intelligible de cadavres vivants, écrit Hannah Arendt dans Les origines du totalitarisme  faisant écho à ce phénomène.

Le premier pas essentiel sur la route qui mène à la domination totale, écrit-elle, consiste à tuer en l’homme la personne juridique26.

Autrement dit, les détenus sont privés de tout droit, soustraits à la protection de la loi, mis hors la loi. A ce sujet, Primo Levi évoque le cérémonial austère qui prévaut habituellement pour les condamnés à mort à l’intérieur de nos systèmes judiciaires et qui marque, colère et vengeance étant désormais écartées, qu’il s’agit de l’accomplissement de la justice que la société exige. Le prisonnier reste un sujet de droit. Dans cette perspective, le bourreau peut même aller jusqu’à éprouver un sentiment de pitié à l’égard de la victime. Rien de tel pour ces déportés qui n’ont commis d’autre crime que d’être nés Juifs ou Tsiganes.

S’il est vrai, comme le pensait Aristote, que l’homme est un animal politique, c’est-à-dire un être qui se définit par le vivre-ensemble, par la constitution d’une polis au sens grec du terme, c’est-à-dire d’une cité qu’Hannah Arendt caractérise comme la mise en commun des paroles et des actes et dont l’élément principal est constitué par la  pluralité, les camps d’extermination ont été ce laboratoire où s’est déroulée, selon le mot de Primo Levi, une gigantesque expérience biologique et sociale qui a voulu ramener la différentiation infinie des êtres humains à l’unité .

En prenant les autocars qui les conduisent à la gare de Carpi où le train les attend, ils reçoivent, dans la stupeur la plus profonde, leurs premiers coups : comment pouvait-on frapper un homme sans colère ? se demande l’auteur. Ils sont ensuite entassés comme des bêtes, comme un chargement en gros, hommes, femmes et enfants, en route pour le néant, la chute, le fond27 dans des wagons de marchandises fermés de l’extérieur. Lorsqu’ils arrivent à destination, ils sont accueillis par des hurlements dans une langue étrangère que Levi qualifie d’aboiements barbares naturels aux Allemands quand ils commandent et qui semblent libérer une hargne séculaire28. Un étrange spectacle s’offrira alors à leur regard, qui anticipe sur ce qu’ils vont devenir :

deux groupes d’individus avançaient en rang par trois, d’un pas curieusement empêtré, la tête basse et les bras raides. Ils étaient coiffés d’un drôle de calot et vêtus d’une espèce de chemise rayée qu’on devinait crasseuse et déchirée en dépit de l’obscurité et de la distance. Ils décrivirent un large cercle de manière à ne pas trop s’approcher, et se mirent en silence à s’activer autour de nos bagages, faisant le va-et-vient entre le quai et les wagons vides… c’était là la métamorphose qui nous attendait. Demain, nous aussi nous serions comme eux29.

L’arrivée à Auschwitz, c’est la fatigue, l’attente, la soif, une soif qui torture les détenus parce qu’ils n’ont pas les moyens de l’étancher. Ils sont dépouillés de leurs vêtements, rasés, tondus; ils restent debout. Ils reçoivent une douche chaude puis sont poussés avec des hurlements dans une chambre froide où quelques nippes et une paire de godillots à semelles de bois leur sont distribués pour ensuite être jetés dehors dans la neige glacée où ils courent nus et déchaussés jusqu’à une baraque où ils pourront enfin s’habiller. Ils reçoivent leur baptême sur le bras gauche : c’est la perte du nom qui sera remplacé par le tatouage d’un numéro. Levi résume ainsi tout ce processus : la démolition d’un homme. Cet homme dépouillé de toutes ses possessions, de tous ses repères et de tous droits, est un homme vide, sans identité, qui s’est perdu lui-même.

(…) ce sera un homme, écrit Levi, dont on pourra décider de la vie ou de la mort le cœur léger, sans aucune considération d’ordre humain, si ce n’est tout au plus, le critère d’utilité30

Cette analyse rejoint ce qu’Hannah Arendt identifie comme la troisième étape de la préparation des cadavres vivants : tuer la singularité de la personne, l’identité unique de chacun. Chacun est réduit à n’être plus qu’un spécimen de l’animal humain.    

Est-il possible, dans ces conditions, d’imaginer des liens qui puissent se nouer entre ces hommes du fond de leur déchéance ? 

 

Langage et société

 

S’il est vrai, comme l’affirme Benveniste, que

seule la langue permet la société, qu’elle constitue ce qui tient ensemble les hommes, le fondement de tous les rapports qui à leur tour fondent la société31,

nous comprenons pourquoi Primo Levi a eu recours à l’histoire biblique de la tour de Babel pour décrire le chaos linguistique du Lager. Le narrateur biblique donne la parole à Dieu qui s’exclame :

Allons ! Descendons et ici même confondons leur langage, en sorte qu’ils ne comprennent plus le langage les uns des autres32.

Le Lager, c’est la destruction du lien social, c’est la dispersion des hommes comme dans l’épisode biblique où Dieu les punit en rendant impossible toute communication entre eux. C’est la discorde, le tohu-bohu, l’incompréhension. De plus, dans ce contexte, la langue devient quelque chose d’hostile et d’étranger. Levi raconte comment les détenus se réveillent au milieu de la nuit sous le coup d’un ordre, crié par une voix haineuse, et dans une langue qu’ [ils ne comprennent pas]33. Bien des années après sa sortie du camp, il continuera d’entendre, en polonais ou en allemand, ce mot : debout ! Jean Améry – anagramme de Hans Mayer –, de son côté, dans Par-delà le crime et le châtiment, montre comment le travail de la pensée, la vie de l’esprit, disparaissent lorsque l’appartenance sociale est ainsi détruite et qu’on ne dispose plus d’une langue commune. Dans La survivance, Janine Altounian analyse très finement le texte d’Améry et va jusqu’à parler du meurtre de la langue. Dans le quotidien du camp savoir l’allemand ou pas était une ligne de partage, écrit Levi. Il raconte comment les ordres étaient d’abord prononcés d’une voix paisible mais dans la mesure où ils n’étaient pas compris, les SS les répétaient en crescendo d’une voix plus haute et furieuse jusqu’à être

hurlés à plein gosier comme on ferait avec un sourd, ou plutôt avec un animal domestique, plus sensible au ton qu’au contenu du message. Si l’on hésitait (et tous hésitaient car ils ne comprenaient pas et étaient terrorisés), les coups arrivaient, et il était évident qu’il s’agissait d’une variante du même langage : l’usage de la parole pour communiquer la pensée, ce mécanisme nécessaire et suffisant pour que l’homme soit homme, était tombé en désuétude. C’était un signal : pour cela nous n’étions plus des hommes : avec eux, comme avec les vaches ou les mulets, il n’y avait pas de différence essentielle entre le hurlement et le coup de poing34.  

M.Moscovici évoque les insultes échangées entre les guerriers, dans L’Iliade, en guise de blessures non infligées par les armes pour les comparer aux considérations de Primo Levi sur les coups qui, dans les camps, tenaient lieu de langage. Ce dernier déclare : « Tous les kapos nous frappaient : […] c’était leur langage35. Françoise Carasso dans son analyse de Si c’est un homme parle d’une éclipse du langage :

[…] au Lager, la parole avait disparu, remplacée par les hurlements et les coups. On sait que le nom donné à la matraque était “l’interprète’’, car point n’est besoin de parler pour comprendre la signification des coups36.

Ce chaos linguistique ne pouvait que détruire les relations entre les hommes et les confiner à l’isolement. Communiquer, écouter, comprendre devenaient des activités impossibles. Toute résistance et toute solidarité étaient brisées. C’est meurtre dans l’homme de la personne morale, deuxième moment dans la préparation des cadavres vivants :

On y procède, écrit Hannah Arendt, en rendant d’une manière générale, et pour la première fois le martyre impossible37].

De son côté, dans Les jours de notre mort, David Rousset écrira :

Manifester alors que la mort ne peut plus être écartée, c’est vouloir lui donner un sens, agir au-delà de sa mort. Pour s’accomplir, un geste exige une signification sociale. Nous sommes ici des centaines de milliers à vivre sciemment dans l’absolue solitude. C’est pourquoi ils acceptent. Le sens de la résignation38

Le chapitre 16 de Si c’est un homme, illustre les propos d’Arendt et de Rousset par le récit de la pendaison d’un insurgé qui avait participé, avec les membres du Kommando Spécial préposé aux chambres à gaz, à l’explosion d’un des fours crématoires de Birkenau. Avant de mourir, il crie : « Camarades, je suis le dernier !» Pas une voix ne se lèvera de la masse abjecte des détenus. Il n’y  a plus d’hommes forts parmi nous ; le dernier pend maintenant au-dessus de nos têtes, et quant aux autres, quelques mètres de corde ont suffi.  Levi ajoute plus loin : Détruire un homme est difficile, presque autant que le créer : cela n’a été ni aisé ni rapide, mais vous y êtes arrivés, Allemands39.  

 

Esquisse d’une approche psychanalytique.

 

Dans De la guérison psychanalytique40, Nathalie Zaltzman, parlant des phénomènes concentrationnaires, écrit 

qu’ils n’appartiennent pas, ni dans leurs origines ni dans leurs effets, à une mise en scène des avatars d’Éros. Ils s’inscrivent sur une scène nouvelle que les lois du fonctionnement psychique gouverné, lié par des organisations fantasmatiques inconscientes, sont inaptes et impuissantes à rendre intelligibles. Cette scène nouvelle ne peut s’éclairer que par l’appel à une métapsychologie construite à partir du point de vue de Thanatos, visant la mise à mort du lien de l’homme à l’humain.

Dans sa réflexion sur la pulsion de mort, André Green, pour sa part, soutient une hypothèse qui s’inscrit dans cette perspective, qui permet de penser ces récits concentrationnaires et de commencer à y jeter un premier faisceau de sens. C’est une hypothèse qui ne peut que soulever beaucoup de contestations chez les analystes, comme il le fait remarquer lui-même. En effet, il soutient l’existence d’une pulsion d’agression pure qui ne serait donc pas au service des pulsions sexuelles, qui ne s’accompagnerait donc pas de jouissance. C’est le désinvestissement libidinal de l’objet sur lequel porte l’agression qui frappe le plus, écrit-il. Il rejoint ainsi ce que Revault d’Allonnes a appelé la crise de l’identification. A ce sujet Green fait remarquer :

ceci  correspond à ce que l’on peut observer d’absence de réaction d’identification, donc de lien commun avec l’objet de l’agression par celui qui l’exerce. En somme, c’est ici l’insensibilité à ce que peut éprouver l’objet agressé qui est au premier plan, plus que la jouissance41.

Les analyses de Jean Améry sur la torture dans Par-delà le crime et le châtiment, témoignage de son passage par les camps, illustrent admirablement les propos de Green. L’auteur s’applique à y démontrer que pour le Troisième Reich la torture n’était pas un accident : elle en était l’essence même, qu’elle se sépare radicalement de toute autre forme de torture. Celle que pratiquait l’Inquisition, par exemple, liait les tortionnaires et les suppliciés autour d’une complicité théologique : la foi les réunissait encore dans le plaisir de supplicier, et dans les tourments du supplice enduré. Le supplicié savait pourquoi il subissait la torture et se sentait justifié dans la défense de sa foi.

Le tortionnaire croyait exercer le droit divin, écrit Améry, puisqu’il purifiait l’âme du coupable ; droit que l’hérétique torturé ou la sorcière ne lui contestaient d’ailleurs pas. Telle était la nature de cette union épouvantable et pervertie42.

Rien de pareil chez les tortionnaires du Troisième Reich. Aucune communauté de foi ni d’idéologie entre le bourreau et sa victime. Pourrions-nous qualifier de sadiques ces hommes qui avaient suspendu par les bras disloqués Améry et qui fustigeaient avec un nerf de bœuf ce corps inerte qui pendillait ? L’auteur écarte le sens étroit que la pathologie sexuelle peut donner au terme sadique ainsi que l’interprétation freudienne pour l’envisager dans la perspective de l’oeuvre du marquis de Sade. Il s’appuie sur les travaux de Georges Bataille pour affirmer que le national-socialisme n’était pas tant un «totalitarisme » qu’une conception du monde marquée par le sadisme sadien. Il se caractérise par la négation radicale de l’autre, comme refus d’en reconnaître à la fois le principe social et le principe de réalité.  Le monde devient alors un lieu de désolation marqué par le triomphe du martyre, de la destruction et de la mort, qui ne saurait subsister. Mais qu’importe au tortionnaire la perpétuation du monde ?

Au contraire, il veut abolir le monde, et par la négation de son prochain, affirme Améry, qui pour lui est aussi «l’enfer» dans un sens bien particulier, il veut réaliser sa propre souveraineté totale. Le prochain est réduit à l’état de corps, de chair, processus par lequel il se retrouve déjà au bord du gouffre de la mort ; et dans le pire des cas il finit par basculer par-dessus la frontière létale dans le néant43.

L’analyse d’Améry recoupe ce que Sophie de Mijolla dit des héros sadiens dans Le plaisir de pensée : ils opèrent

une désidentification avec la sphère de leurs affects. Cette désidentification passe par un processus de désignification des objets du désir. La désignification apathique, écrit-elle, opère sur les objets du désir un processus de destruction qui va bien au-delà du désir de prévenir le retour du remords44

Green, de son côté, renchérit lorsqu’il affirme :

Dans le cas de la destruction, qu’on pourrait dire pure, celle-ci n’est, à mon avis, possible qu’à la condition qu’un désinvestissement affectif en facilite l’action et que rien n’entrave son cours45.  

En écho à Jean Améry, il dégage les conséquences du désinvestissement libidinal de l’objet agressé :

Le résultat de ce désinvestissement est que l’autre n’est plus conçu comme un semblable et donc qu’il peut être considéré avec indifférence [ à noter que l’indifférence s’oppose au couple amour/haine] et aisément devenir l’objet de n’importe quelle destruction, partielle ou totale, sans culpabilité et sans plaisir non plus46.

Cette attitude repose sur un déni d’humanité. Ainsi que Primo Levi ou Jean Améry le font observer, le détenu est considéré comme un non homme, comme une chose, il est fécalisé. Et en tant que tel, il est considéré, dit Green,

comme la cause de mon malheur et doit donc disparaître à n’importe quel prix ou, en tout cas, disparaître de mon espace vital. Qu’il meure, qu’il libère le champ où j’existe. Ce que je veux, c’est qu’il ne soit plus là où je considère que j’ai droit à être seul47.

Dans le passage d’une psychologie individuelle à une psychologie de masses, lorsque la destruction est pratiquée sur des populations entières, le désinvestissement est plus aisément constatable :

On pourrait même dire, fait remarquer Green, que, lorsque intervient le nombre, le désinvestissement est le seul moyen pour poursuivre l’action sans se laisser arrêter ou gagner par la culpabilité. En dépouillant l’objet de ses qualités d’autre semblable, on retire à la victime de l’agression le droit à une altérité qui lui reconnaisse ses droits. Aussi ce genre de destruction conçoit son objet comme une chose48

La lecture de la littérature concentrationnaire nous confronte à un phénomène qui demeure et demeurera à mes yeux de l’ordre de l’infigurable et de l’irreprésentable non seulement par sa massivité mais aussi par les limites auxquelles notre esprit se heurte lorsqu’il veut comprendre  l’événement. L’horreur de ce qui s’est passé dépasse tout autant ce que nous pouvons imaginer que ce que nous pouvons comprendre. Tout comme Pascal le disait à propos de l’infiniment grand, la réalité  des choses a dépassé tout ce que notre esprit pouvait concevoir, nous confrontant ainsi  à l’inconcevable. L’approche psychanalytique  de cette littérature n’a nullement la prétention d’expliquer ni de découvrir les arcanes secrètes de l’événement ; elle vise modestement, dans le cadre de ses élaborations, à introduire un certain sens et à comprendre, dans certaines limites, des phénomènes psychiques qui constituent pour elle une énigme et

par-dessus lesquels, pour reprendre les mots de Jean Améry, règne et continuera de régner une certaine pénombre, en dépit des efforts que [nous pouvons mettre] à servir cette lumière qui seule peut leur conférer une dimension.. La clarification, ajoute-t-il, serait synonyme d’affaire classée, de mise au point des faits que l’on peut acter dans les dossiers de l’histoire. 

Il serait illusoire de croire que quelque chose puisse être résolu. 

Aucun conflit n’est réglé, et remettre en mémoire ne veut pas dire remiser dans la mémoire,49affirme-t-il, lançant un cri contre la possibilité que l’Inconcevable        soit historiquement gelé et dès lors scandaleusement falsifié. Rien n’est cicatrisé50.

 

David Benhaïm

Ce texte est une communication que j’ai faite au colloque sur le terrorisme organisé par Isabelle Lasvergnas, professeur au département de sociologie de l’UQÀM en 2005.

1 La nature du totalitarisme, Payot, 1990. p. 172

2] Ibid, p.172

3] Les naufragés et les rescapés, Quarante ans après Auschwitz, Arcades, Gallimard, 1989, pp. 83-84.-

4 Le meurtre et la langue, métailié, 2002, p.25

5] Ibid, p.24

6 Faire parler le destin, Klincksieck, 2005, p.7-8

7 Naissance de la psychanalyse, col. Bibliothèque de psychanalyse, PUF, 1968, p. 198, lettre du 15 octobre 1897 où Freud fait référence à la tragédie d’Œdipe et à Hamlet, et place au centre de la pensée analytique le double crime : le meurtre du père et la possession sexuelle de la mère,  parricide et inceste.

8 L’interprétation du rêve, Œuvres complètes, IV, PUF, 2003, p.280

9] Il analyse ensuite l’hostilité qui règne dans la fratrie : la jalousie y apparaît comme le sentiment princeps qui gouverne les relations fraternelle et sororale,  la convoitise d’un même objet pour deux (au moins), qui les voue à la concurrence, écrira Assoun. Freud y verra la source de ces rêves de mort qui apparaîtront autant chez les enfants que plus tard chez les adultes.

10] L’Homme Moïse et la religion monothéiste, Gallimard, 1986, p.131.

11 Ibid, p.25

12 Œuvres, Tome XIII, p.151

13 Considérations, p.30.

14 Eugène Enriquez, De la horde à l’État, Essai de psychanalyse du lien social, nrf, Gallimard, 1983, p.33.

15] Totem et tabou, Quelques concordances entre la vie psychique des sauvages et celle des névrosés, nrf, Gallimard, 1993, pp. 289-290.

16] De la horde à l’État, p.34

17 Ibid, p. 291.

18 La résistance de l’humain, PUF, Petite bibliothèque de psychanalyse, 1999, p.18.

19 La survivance, traduire le trauma collectif, Dunod, 2000, p.25.

20] Si c’est un homme, Julliard, Pocket, 1987, p.130

21 Si c’est un homme de Primo Levi, Premières leçons, Bibliothèque Major, PUF, 2001, p.

22] Alto, Aubier, 2002, pp. 145-146.

23 Ibid, p.130

24  Ibid, p. 54.

25 Ibid, p. 59.

26 Quarto, Galimard, 2002, p.795.

27] Ibid, p.15.

28 Ibid, p.18.

29 Ibid, pp. 19-20

30 Ibid, p. 27.

31 Problèmes de linguistique générale, Gallimard, tome II, 1974, pp54 et 62.

32 La Bible, Ancien Testament I, bibliothèque de la Pléiade, nrf, Gallimard, 1956, p.35.

33 Ibid, pp.66-67.

34 Les naufragés et les rescapés, Quarante ans après Auschwitz, Arcades, Gallimard, 1989, p.90.

35 Les Naufragés et les rescapés, p.72.

36 Si c’est un homme, Profil Bac, Hatier, p.2001, p.51.

37 Les origines du totalitarisme, p. 801.

38 Cité dans Les origines du totalitarisme, p.801.

39 Ibid, p160.

40 PUF, Épîtres, 1999, p.29.

41L’invention de la pulsion de mort, Postface de André Green, Dunod, collection Inconscient et Culture, Paris, 2000 p.179.

42 Ibid, p.70.

43 Ibid, p.72.

44 PUF, 1992, p. 292.

45] L’invention de la pulsion de mort, p. 180.

46 Ibid, p.179.

47 Ibid, p.179.

48 Ibid, p.179

49 Ibid, p.20

50 Ibid, p.20

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